La difficulté d’être un autodidacte en France et pourtant…

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« Tu as fait quoi comme études pour en arriver là ? » Une question que l’on m’a maintes fois posée et pour laquelle je n’ai toujours eu qu’une seule et unique réponse : « aucune, j’ai tout appris par moi-même ». Une fierté personnelle mais aussi une vraie difficulté tout au long de ma vie professionnelle…

Être autodidacte… avantage ou handicap ?

En France, on est parfois étonnants : on aime ce qui est différent mais pas trop sortir du cadre.

Dans le monde professionnel, on se retrouve souvent confronté à cette problématique dès que l’on ne répond pas à des critères très établis, dont le premier : les études.

Malgré les nombreux doutes qui émergent actuellement sur notre système éducatif et les réflexions menées pour le faire évoluer, force est de constater que les diplômes restent LA référence pour bon nombre de décideurs économiques. Et pas uniquement en termes de recrutement.

Dans notre société en perpétuelle évolution et pour laquelle on a du mal à définir les métiers de demain dont un grand nombre restent encore inconnus à ce jour, le nombre d’autodidactes ne cessent d’augmenter. Il y a dix ans déjà,  dans un article pour Libération concernant un rapport sur l’éducation qu’il venait de réaliser pour l’OCDE, François Taddei, généticien, faisait part de sa conviction que « le système le plus performant sera celui qui forme les meilleurs autodidactes ». Il évoquait même le nombre de 6 milliards d’autodidactes possibles à termes du fait de l’évolution de nos modes d’apprentissage.

Cette dernière décennie ne semble pas le contredire tant l’accélération des mutations tant technologiques que sociétales a permis l’émergence de nouveaux horizons : informatique, digitalisation, recherche scientifique, liberté d’entreprendre… autant d’environnement dans lesquels les autodidactes ont pu ou su trouver une place, et pour certains, s’offrir de grandes réussites. Xavier Niel, Gérard Mulliez ou Alain Afflelou ne sont que quelques exemples de personnalités françaises ayant fait fortune en bâtissant des empires… quasiment sans un diplôme en poche.

Tout semble laisser croire qu’il est donc possible de réussir dès lors que l’on a la capacité à apprendre par soi-même et à se forger les compétences nécessaires pour réussir dans son entreprise. Être autodidacte constitue donc une véritable force à notre époque où tut évolue très vite.

Malheureusement, les quelques cas évoqués précédemment ne sauraient masquer la réalité que vivent de nombreuses personnes, notamment en France, qui, bien que riches de grandes compétences ne peuvent les exploiter, faute d’obtenir la confiance nécessaire de leurs différentes parties-prenantes. Dès lors, cette force peut très rapidement devenir un réel handicap.

La France encore trop frileuse, les décideurs trop timides

Lancer ou développer son activité nécessite de l’investissement et de la force de conviction, quelle que soit la nature du projet. Chaque entrepreneur doit convaincre ses investisseurs, ses partenaires, ses collaborateurs, ses clients… du bien-fondé du projet et du potentiel de ce dernier.

Cela est bien sûr compliqué mais sans aucune mesure avec un entrepreneur sans diplôme qui souhaite se lancer en France. Pourquoi ? Parce que dans notre pays, ils sont trop peu nombreux les décideurs qui acceptent de prendre le risque de financer un projet porté par une personne n’ayant pas suivi le bon cursus ou disposant des bonnes références.

Les banques en sont l’exemple le plus symptomatique. Alors qu’elles sont prêtes à prendre des risques insensés en matières d’investissement dans des montages financiers hasardeux, pratiquement aucune ne vous soutiendra si vous ne montrez pas « patte blanche » et ne justifiez pas d’un minimum de formation en matière de gestion, de technique et autres compétences qui leur permettent de valider leur référentiel !

Se tourner vers des business angels peut être une alternative, ces derniers étant plus enclins à investir sur les projets moins immédiatement « bankable ». Mais cela reste tout aussi complexe, les tours de table devenant de plus en plus structurés et finalement se rapprochant assez près des fonctionnements des investisseurs « classiques ».

Cette timidité partagée limite l’entreprenariat en France et ne facilite pas la libérations des projets d’avenir, portés par des femmes et des hommes dont la principale force et de savoir se nourrir en permanence de leur environnement et des évolutions de notre société.

Pourtant certains pays comme les États-Unis sont bien plus ouverts à ce type de profils que la France. L’exemple de Steve Jobs, autodidacte parti de rien pour devenir l’un des plus grands entrepreneurs de ce siècle, sur un métier qui n’existait pas encore à l’époque, aura su les convaincre de la richesse de ces femmes et hommes.

Alors, peut-être qu’un jour la France saura évoluer… nous n’espérons que ça !

Emmanuel Boullier

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